vendredi 1 septembre 2017

Margaret Atwood - La servante écarlate

Editions Robert Laffont (Pavilon Poche) 
522 pages
11.50 €




C'est plus difficile qu'on pourrait le croire de ne pas être influençable. Suite au live du Femini-Books, ce livre a énormément tourné sur Youtube et sur les blogs. Donc forcément, en femme forte que je suis (ou pas, en ce qui concerne la lecture ma résistance n'est pas au top) j'ai craqué... Mea culpa... Mais ça en valait bien la peine.


L'histoire :

Dans un futur peut-être proche, dans des lieux qui semblent familiers, l'Ordre a été restauré. L'Etat, avec le soutien de sa milice d'Anges noirs, applique à la lettre les préceptes d'un Evangile revisité. Dans cette société régie par l'oppression, sous couvert de protéger les femmes, la maternité est réservée à la caste des Servantes, tout de rouge vêtues. L'une d'elle raconte son quotidien de douleur, d'angoisse et de soumission. Son seul refuge, ce sont les souvenirs d'une vie révolue, d'un temps où elle était libre, où elle avait encore un nom. Une œuvre d'une grande force, qui se fait tour à tour pamphlet contre les fanatismes, apologie des droits de la femme et éloge du bonheur présent.


L'extrait :

"Nous vivions, comme d'habitude, en ignorant. Ignorer n'est pas la même chose que l'ignorance. Il faut se donner de la peine pour y arriver."

Mon avis :

Après avoir vu tout un tas de vidéos à propos de ce livre, je ne me suis pas lancée à l'aveugle. Je m'attendais à un récit aux allures féministes, mais je n'aurai jamais cru être si bouleversée.

Dès les premières pages, l'auteure nous met dans la peau de Defred, une servante qui offre chaque mois son corps à son commandant dans le but de lui donner une descendance. Car dans ce monde frappé par l'infertilité, les femmes en mesure d'avoir des enfants sont mises à la disposition des hommes riches et puissants. 
Etre une servante, c'est donc être un réceptacle. Les femmes, et les servantes en particulier, n'ont plus de droits. Même leur véritable nom leur est arraché. Mais dans le régime de Gilead, ce statut est de femme-objet est légitimé. Avant le grand bouleversement, les femmes n'avaient pas toutes les mêmes chances en fonction de leurs qualités physiques. Elles pouvaient se retrouver seules après plusieurs années de mariage, voire même abandonnées avec des enfants à leur charge. Tandis que dorénavant, elles ont chacune une fonction particulière, un rôle à jouer, et ne se trouveront donc plus dans ce genre de situation. 

La violence est également très présente au fil des pages. Entre les exécutions de ceux qui ne correspondent pas aux critères du nouveau régime (soit par leur religion, leurs préférences sexuelles, ...) et les violences faites aux femmes, le lecteur n'est pas épargné.
Car même si les femmes ne sont pas violentées par leurs "propriétaires" (appelons un chat un chat), les servantes n'ont pas la vie facile. Après les tortures physiques et mentales qu'elles peuvent subir pendant leur formation, s'ensuit une sorte de viol mensuel par leur commandant. Même si elles ne s'y opposent pas et sont supposées servir la cause, l'acte en lui-même est tout de même barbare. 

Le plus troublant, c'est que cette société dystopique n'est pas si différente de la notre. Aucune temporalité n'est indiquée, mais tout laisse à supposer que les événements sont assez contemporains. 
On y évoque les combats pour l'avortement et la liberté des femmes, sujets qui faisaient débat il n'y a encore que quelques années et qui ne sont pas acquis dans tous les pays.

La narration est particulière. Nous suivons les pensées de Defred, qui a connu le monde avant le régime de Gilead et qui fait donc de nombreuses comparaisons par le biais de flashbacks. Ceux-ci peuvent apparaître à tout moment, sans véritable démarcation avec le moment présent. Il faut donc un temps d'adaptation pour se faire au style, mais une fois les premiers chapitres passés, tout est bien plus fluide.

En bref, Margaret Atwood, nous met en garde contre les déviances sexistes en mettant en scène un monde exagérément violent mais qui, pourtant, pourrait tout à fait exister.
Un véritable coup de cœur pour cette histoire poignante et ces femmes fortes, qui se battront jusqu'au bout pour tenter de rétablir la justice. 

2 commentaires:

  1. J'ai très envie de lire ce roman, mais je crains vraiment une narration complexe, voire difficile à appréhender. Mais d'après ce que tu dis, ça n'a pas l'air si terrible, alors je crois que je vais finir par craquer ;-)

    RépondreSupprimer
  2. En effet la narration est assez particulière, mais une fois habituée ça ne m'a plus posé de problème

    RépondreSupprimer